Une du supplément illustré du Petit Journal, dimanche 30 août 1908
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On nomme « incunables » les livres imprimés durant les cinquante premières années de l’imprimerie moderne, mise au point par Gutenberg vers 1450. Durant cette courte période les ingénieurs, typographes, imprimeurs et chimistes de différents pays rivalisèrent de créativité pour faire évoluer cette nouvelle manière de fabriquer un livre. Les premières décennies de l’aviation n’ont pas de nom mais l’on retrouve le même esprit : celui des pionniers, des casse-cous et des inventeurs.
L’ingénieur Clément Ader est le premier à faire décoller un engin motorisé, avec son étrange « Éole » ; Gabriel Voisin décolle en hydravion de la Seine en 1905 ; Louis Blériot réalise la première traversée de la Manche en 1909 (Calais-Douvres en 30 minutes) ; la liste est longue et s’étend jusqu’à Charles Lindbergh, traversant pour la première fois l’Atlantique sans escale en 1927, pour atterrir à l’aéroport du Bourget sous les acclamations, après plus de 33 heures de vol.
Les frères Wilbur et Orville Wright sont deux ingénieurs étasuniens (Dayton, Ohio). Ils effectuent depuis plusieurs années des vols sur planeurs quand ils parviennent fin 1903 à réaliser le premier vol motorisé contrôlé de l’histoire. Cette prouesse est accomplie par leur approche méthodique, s’appuyant sur les essais en soufflerie et leur compréhension avant-gardiste des mécaniques de vol.
Les Wright améliorent par la suite leurs avions, mais dès 1905, personne n’assiste plus à aucun essai, et le travail technique est arrêté : les frères préfèrent en effet attendre l’obtention de leurs brevets, considérant qu’ils ont plusieurs années d’avance sur leurs concurrents. Et ce n’est qu’en 1908, après un contrat signé auprès de la Compagnie générale de navigation aérienne, que Wilbur transporte un Model A jusqu’au Mans pour faire une série de démonstrations spectaculaires, mise à l’honneur par cette édition du Petit Journal.
Le triomphe sera cependant de courte durée, puisqu’un an plus tard, les fabricants français comme le constructeur Curtiss aux États-Unis feront déjà mieux. Si les frères Wright eurent une longueur d’avance par leurs techniques de vol, la conception de leur aéroplane était devenue trop arriérée. L’année 1908 fut donc pour Orville et Wilbur l’année des records tout autant que leur chant du cygne.
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