Gravure sur bois de Gustave Doré, in Aventures du Baron de Münchhausen, trad. Théophile Gautier fils, fin XIXe s., Charles Furne, Paris
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Voyager assis sur un oiseau géant, c’est bien, mais se faire directement tracter par la tête, voilà qui est d’une originalité et d’une élégance digne d’un baron ! Et le célèbre Karl Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen, n’en manque pas. Du moins le personnage légendaire et populaire de la littérature allemande, toujours plus drôle à mesure que ses péripéties devinrent, édition après édition, de plus en plus loufoques.
Car il existe bien un Münchhausen historique (1720-1797), officier mercenaire pour le compte de la Russie. La séparation entre le réel et le surnaturel commence avec lui-même, puisque le baron fait écrire en anglais ses histoires extraordinaires et proprement incroyables en revenant en Allemagne, par l’écrivain R. E. Raspe. Mais c’est seulement un an après qu’un certain Gottfried August Bürger publie une version allemande bien différente, exagérant encore les récits, ajoutant plus de sous-textes et de truculence générale.
Le motif littéraire de Münchhausen ne fit alors que s’amplifier, ce dernier devenant un héros littéraire public toujours plus cocasse de pastiches en parodies. Quand le fils de Théophile Gautier entreprend de publier sa version française, c’est le grand Gustave Doré (existe-t-il un graveur du XIXe siècle plus célèbre ?) qui s’attèle aux illustrations.
Le baron se tirant par les cheveux pour se sortir de la boue, un bateau volant vers la Lune, une rencontre avec un cerf dont la tête est garnie d’un cerisier (entre les cors), un soleil qui se plaint d’engelures, des poissons chantant en chœur au fond de la mer… traducteur et illustrateur s’en donnent à cœur joie avec toutes ces scénettes, dont celle-ci, où le baron essaie d’avoir fière allure et bonne contenance (« Je me guidai vers ma demeure »), quand le ridicule de la situation, hilarante, est manifeste.
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