Gravure de Ludwig Hesshaimer, in Der Weltkrieg, Ein Totentanz. Eine Dichtung in Radierungen, 1921, WILA, Vienne
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L’augmentation des moyens techniques a toujours coïncidé, durant toute l’histoire d’Homo sapiens, avec l’accroissement de notre pouvoir de destruction. L’aviation n’échappera pas à cette règle.
La Première Guerre mondiale fut le premier conflit d’ampleur à mobiliser les « aérodynes ». Ce fut également une occasion pour de nombreux artistes plasticiens germaniques de se réapproprier le genre de la danse macabre (Totentanz en allemand), qui, depuis le début du Moyen Âge, illustre l’omniprésence de la mort dans la vie humaine, tels que Albin Egger-Lienz, Otto Dix ou encore Lovis Corinth.
La vie de Ludwig Hesshaimer, officier ayant pris congé pour se former en arts graphiques à Vienne, mêle intrinsèquement guerre et création. Réintégré en tant que capitaine de l’armée impériale, il devient professeur d’une école militaire à Sarajevo. A l’occasion de la visite de l’archiduc François-Ferdinand (le 28 juin 1914), Hesshaimer devait lui remettre un portfolio de paysages. Ce projet fut empêché de la façon la plus tragique.
Hesshaimer est alors affecté au quartier général de la presse de guerre et participe en tant qu’officier actif aux combats sur plusieurs fronts. Il publie parallèlement « Heil und Sieg », son premier portfolio d’illustrations en 1915. « Der Weltkrieg » naît plusieurs années après l’armistice, aidant son auteur à surmonter les traumatismes du conflit.
Il s’agit d’un ensemble de 15 illustrations, « un poème en gravure », à la puissance visuelle époustouflante. La Mort y apparaît dès la première planche et menace d’anéantir l’Humanité. Les cavaliers de l’Apocalypse (ici sur la sixième gravure) déferlent sur le monde. Les machines se transforment en monstres d’acier. Même le Christ, sacrifié pour l’humanité, ne peut mettre fin à ce cauchemar.
Cependant dans la treizième gravure nous voyons le démon Moloch, assis sur une pyramide de crânes, tenir dans ses bras la mort endormie, finalement lassée de tuer. Les deux dernières planches sont empreintes d’optimisme : la foi en l’avenir, en la lumière et en l’amour triomphe des forces des ténèbres. « La vie appelle, la mort est morte, la création est le commandement suprême de la création », proclame une jeune femme avec un enfant.
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