Lithographie d’Eugène Delacroix, in Faust : tragédie de M. de Goethe, édition de 1828, Charles Motte, Paris
FR :
Première partie
Avant l’envol : rêver l’impossible
Voilà des millénaires que le Ciel et l’Enfer s’affrontent : dieux et diables peuplent notre imagination sur tous les continents, accompagnés de leurs premiers subalternes : anges et démons.
Les créatures maléfiques possèdent comme leurs homologues des cieux de nombreux pouvoirs, dont celui de se mouvoir dans les airs (directement ou grâce à leurs montures), tel Belzébuth le roi des mouches, Astaroth assis sur son dragon infernal ou encore les terribles succubes, prêtes à fondre sur leurs naïves proies. Dans les imaginaires dualistes, ces entités se placent régulièrement sous le commandement de Satan – souvent représenté en Lucifer – l’archange déchu tombant du ciel les ailes repliées.
Si la légende du Docteur Faust vient du Moyen Âge, le pacte avec le Diable qui est son thème central remonte jusqu’à l’Antiquité. Dans la version de cette histoire que publiera J. W. von Goethe en 1808, c’est le bras droit de Satan – nommé Méphistophélès (ou « celui qui aime l’absence de lumière ») – qui conclura un accord avec le savant Heinrich Faust, désespéré dans sa quête du savoir universel.
En 1828 paraît la première traduction française par Albert Stapfer, accompagnée dans sa réédition d’un portrait de Goethe et de 17 dessins lithographiés des mains du jeune Eugène Delacroix. L’exemplaire unique de la Fondation Martin Bodmer contient en outre trois croquis préparatoires de l’artiste, ainsi qu’une version au lavis de « Méphistophélès dans les airs », que l’on admire ici survolant les clochers d’une ville à la tombée de la nuit.
EN :
Part One
Before Take-Off: Dreaming the Impossible
Heaven and Hell have been locked in battle for millennia- gods and devils fill our imaginations across all around the world, alongside their first deputies, angels and demons.
Just like their heavenly counterparts, the evil creatures wield many powers, including the power to move through the air (of their own accord or with help), like Beelzebub the Lord of the Flies, Astaroth astride his hellish dragon, or succubi melting their naïve prey. In dualist narratives, these creatures frequently fall under the command of Satan- often represented by Lucifer- the Archangel who fell from heaven, his wings folded away.
Although the legend of Doctor Faust originates in the Middle Ages, the idea of a pact with the devil, which is its core theme, goes back to Antiquity. In the version of the story published by J.W. Goethe in 1808, Satan’s right-hand man- called Mephistopheles (meaning “not loving light”)- makes a pact with the scholar Heinrich Faust, who has become desperate in his quest for universal knowledge.
In 1828 a first French translation was published by Albert Stapfer, alongside a portrait of Goethe and 17 lithographic drawings by the young Eugène Delacroix in its republished version. The Martin Bodmer Foundation’s unique copy also contains three preparatory sketches by the artist, as well as a wash version of “Mephistopheles in the Air”, in which we can admire Mephistopheles flying over the church towers of a town at nightfall.
