Nouveaux caractères

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Vers 1470, le français Nicolas Jenson, graveur de coins à la cour de Charles VII, fixé à Venise, créa  un type romain «antiqua, ancien, old face » qui est resté longtemps un modèle.

A Venise, berceau de la Renaissance italienne, Alde Manuce (1449-1515) invente la lettera antiqua qui sera utilisée tout au long du XVIe siècle, puis, en s’inspirant de l’écriture manuscrite de Pétrarque, il crée l’italique, élégante cursive penchée (appelée aussi l’aldine).

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Dante : La divina Commedia, Venise, Alde Manuce, 1502

Vers 1530, Geoffroy Tory, libraire-éditeur à Paris, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Pot Cassé, admirateur de Léonard de Vinci, crée le style champfleury, en s’inspirant des travaux italiens sur la divine proportion.

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Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

Les recherches de l’imprimeur Simon de Colines, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris, à l’enseigne du Soleil d’Or, pour dessiner et graver un caractère grec, aboutissent à la création en 1540-1541 des fameux grecs du roi que gravera Claude Garamond, le plus grand typographe de la Renaissance.  Celui-ci fond pour Robert Estienne à partir de1544 un caractère romain inspiré de Tory, le garamond romain.

Sous le règne du Roi-Soleil, qui prescrit la réforme de l’imprimerie française, en réaction contre la réussite du livre hollandais, et pousse à la création d’un nouvel alphabet, plus solennel et construit avec une précision géométrique, le graveur Philippe Grandjean crée en 1700 le romain du roi ou « caractère grandjean ».

Au XVIIIe siècle, le souci d’informer, de porter l’esprit des Lumières dans la nouvelle « opinion publique », amène François-Ambroise Didot à dessiner un alphabet d’une grande pureté et simplicité (netteté des pleins et déliés), le didot, caractère romain moderne. Il fut en outre le premier à utiliser le procédé de la stéréotypie (moulage de la page typographique pour réimpression). En Angleterre, William Caslon dessine en 1716 un beau romain qui servit en 1776 à l’impression de la Déclaration d’indépendance américaine. Son successeur John Baskerville, vers 1770, qui mit au point une encre supérieure et le papier velin (très lisse, remplaçant le papier vergé rugueux), réalise de nouveaux caractères qui furent vendus à la Société de Beaumarchais et servirent à la célèbre édition des Œuvres complètes de Voltaire.

A la même époque que les Didot aînés en France, Giambattista Bodoni, directeur de l’imprimerie du grand duc de Parme, créa des caractères romains qui acquirent une réputation universelle, le bodoni (inspiré des garamonds), qui sera employé en Angleterre pour la fabrication des journaux jusqu’au milieu du XXe siècle.

En Allemagne les caractères romains ne s’étaient jamais vraiment implantés. On employait la facture.

Le célèbre imprimeur de Leipzig, J.G. Emmanuel Breitkopf, fondateur de la maison d’édition musicale du même nom, prit avec ardeur la défense de la facture qui a été maintenu comme étant le type national allemand. Ce caractère fut modernisé à la fin du XVIIIe siècle par Johann Fr. Unger, ami de Firmin Didot.

Au XIXe siècle deux autres familles de caractères ont vu le jour : les égyptiennes présentées en Angleterre vers 1815, et les sans sérif (caractère sans plein et délié) souvent connus sur le continent sous le nom de grotesques  et d’antiques.

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Texte et image

Johann Wolfgang von Goethe, Die Leiden des jungen Werthers, Leipzig, 1774

Johann Wolfgang von Goethe, Die Leiden des jungen Werthers, Leipzig, 1774