Personnalité

FondationMartin BodmerPersonnalité

Bernard Breslauer a décrit ainsi sa première rencontre au printemps 1938 avec Martin Bodmer, à Zurich : « On me conduisit à travers plusieurs salons ornés de splendides tableaux. On servit le thé dans le cabinet de travail de Martin Bodmer. C’était la première fois que je le rencontrais et, bien qu’il m’impressionnât, je me sentis tout de suite en sympathie avec lui. Ce patricien avait un visage d’intellectuel dont les traits, animés dans la conversation, avaient au repos un aspect ascétique que les années devaient graver plus profondément encore. Il me donna tout de suite une idée de sa collection. » Et d’ajouter plus loin : « On avait parfois l’impression que ce n’était pas lui qui possédait sa bibliothèque, mais elle qui le possédait. »

Même impression chez Werner Weber : « Dans les salles de sa Bibliothèque, Martin Bodmer était transformé. Quand il parlait, ses yeux brillaient, son regard  portait au delà de ce qui se trouvait devant lui. Autour de lui se tenaient plus de gens qu’il n’y en avait en réalité. Ce qui ne l’empêchait pas de rester l’homme qu’il était et de ne rien laisser échapper des sollicitations du moment, mais quelque chose d’essentiel le tenait comme en retrait. Comme si le temps ne passait pas et qu’il fût en perpétuel état de dialogue avec les grands esprits de sa collection » (NZZ, 28 mars 1971).

Quant à Odile Bongard, qui fut sa secrétaire personnelle et sa collaboratrice durant 30 ans, elle a résumé en quelques mots, dans un dossier transmis en 2000 au Conseil, ce qui le caractérisait à ses yeux : « Il était avant tout un solitaire, qui tenait à l’ordre, la simplicité, mais surtout la qualité. » Elle décrit ainsi le rythme ordinaire de la vie de Martin Bodmer, entre ses obligations, les vacances avec la famille et quelques voyages : « Appel téléphonique vers 10h ou 10h30. Il apparaissait en fin de matinée, prenait connaissance du « suivi » en apportant différentes choses à faire. En passant dans la salle de lecture, il saluait les collaborateurs avant de se rendre, parfois, au fichier où il prenait des notes. Ensuite, il parcourait seul ses collections, puis revenait et disait encore quelques mots ou faisait quelques observations. Il remontait chez lui pour 12h30. L’après-midi, il passait souvent entre 15h30 et 16h30. »

Martin Bodmer, Cologny, 1959

« Ce que tu auras fait de ta vie se verra au moment où tu perdras la vie ».
On peut lire cette inscription dans l’ancien cimetière de Cologny sur la pierre tombale de Martin Bodmer. Individuum est ineffabile, la vérité d’un homme résiste à tout ce qu’on peut dire de lui. Mais son œuvre parle pour lui. L’entreprise de ce patricien cultivé avait une âme, un but exigeant et élevé. Zurich et Weimar, ces deux centres de culture, l’ont « formé spirituellement ». Il a voulu réaliser un « édifice spirituel », rassemblant les traces écrites des « créations de l’esprit humain », un lieu où deviendra visible « le chemin de l’homme vers lui-même » (der Weg des Menschen zu sich selber). Aussi n’a-t-il pas seulement conçu sa collection comme une bibliothèque, mais comme « un musée des documents attestant l’histoire de l’esprit humain » : « Bien que l’idée d’un musée fût éloignée de notre esprit, la Bodmeriana est plus proche de ce concept que d’une bibliothèque au sens ordinaire du terme. »

Au moment de son soixante-dixième anniversaire, il résumait ainsi sa vision dans une lettre à Bernard Breslauer : « Le souci constant des progrès de l’esprit humain est sinon la conception la plus dynamique, du moins la meilleure qu’on puisse avoir. Dans l’avenir aussi bien qu’aujourd’hui, elle garde son sens et sa noblesse. Poursuivons donc notre tâche, chacun à notre place et continuons à transmettre notre contribution à l’édifice de la vraie culture. »

Ce sont les mêmes raisons qui l’ont fait assidûment travailler à « une synthèse de la civilisation humaine », qui l’ont amené à fonder la Corona, une revue littéraire autour d’une élite de son époque, et qui l’ont poussé à se mettre, durant la guerre, au service du Comité International de la Croix-Rouge et lui ont inspiré l’idée neuve, qui s’est imposée depuis, des « secours intellectuels » aux prisonniers de guerre.

Zurich (1899 – 1939)   |   Genève (1939 – 1949)   |   Cologny (1949 – 1971)
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Annexes :  Autour de Martin Bodmer (PDF)

 



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