Janusz Korczak – Hans Georg Friedmann, pour que vivent les enfants

27 September 2012 – 4 November 2012

Hans Georg Friedmann was born on 23 November 1928 in Vienna. His father, Hugo Friedmann, owned a textile factory and his mother, Hilde, belonged to the Jewish bourgeoisie of Vienna. Hugo was a highly educated man who owned a well-stocked library of books and incunabula from all periods and in all languages. He shared his knowledge and skills with the Jewish community by hosting numerous cultural events. He was also the curator of the Jewish museum of Vienna for several years.

In 1938, the Nazis confiscated the Friedmann family’s possessions and forced them to live in wretched lodgings. While he was being denied his basic rights – such as his right to attend the local state school – Hans Georg, who would have been 10-12 years old at the time, started to write a series of 13 adventure stories. His hero, Tom Lasker, managed to outmanoeuvre the worst criminals and put all injustices to right. In spite of the great material hardships of the time, Hans Georg took amazing care to write, illustrate and design these booklets. They were naïve and unpretentious children’s books, but they were the true reflection of a poetic and creative soul who refused to let the persecutions and deprivations of the time get the better of him. Tom Lasker’s adventures were moments of hope and dreams in the worst possible circumstances. And dreams have a true value of their own.

Janusz Korczak, the renowned Polish Jewish pedagogue and writer who also pioneered the rights of the child at the beginning of the 20th century, said: ‘Dreams are useful and important. Man does not immediately know what to prepare himself for in life. (…) Out of ten different dreams, one could conceivably serve as a guide or objective for life’.

Hans Georg’s dreams and hopes – dreams of adventure and justice, like those of his hero Tom Lasker, or hopes of a successful literary career – were short-lived. In October 1942, he was deported with his parents and younger sister Liselotte to Theresienstadt, the Nazi showcase camp for the Red Cross. They were transferred in October 1944 to Auschwitz where his mother and sister were exterminated. Hans Georg and his father were moved from Auschwitz to Dachau where they were assigned to forced labour. They died in Dachau in the spring of 1945, shortly before the Liberation. Hans Georg was 16.

Shortly before he was deported, Hans Georg’s manuscripts were entrusted to one of the Friedmann’s former cleaning ladies. After the war, she gave them to his aunt who had survived the Holocaust.

Today, Tom Lasker’s adventures bear witness to a battle that is never lost, even when on the brink of destruction. They are proof that creativity, culture, poetry and imagination can overcome despair and hardship – even death – and preserve dignity. A child wrote for other children and asserted his creativity despite being denied the very right to exist.

In the summer of 1942, Korczak staged a public performance of The Postmaster by Rabindranath Tagore with the children of the Warsaw ghetto, two weeks before they were exterminated in Treblinka.

To preserve this testimony, the Swiss Association of the Friends of Dr Janusz Korzak and the Bodmer Foundation joined forces to publish a small box edition of facsimiles of the 13 adventures of Tom Lasker as well as an explanatory brochure in French, German and English. The box edition will be sent to all Holocaust museums and memorials around the world and to selected teacher training staff at European universities. In addition, from 27 September to 4 November 2012, the Bodmer Foundation will showcase Hans Georg Friedmann’s manuscripts and organize an exhibition on Janusz Korczak.

Dr Daniel Halpérin
Paediatrician
Former lecturer at the Faculty of Medicine of Geneva
President of the Swiss Association of the Friends of Dr Janusz Korczak

Prof. Charles Méla

Director of the Martin Bodmer Foundation
President of the European Cultural Centre

 





Du 27 septembre au 4 novembre 2012

Hans Georg Friedmann est né le 23 novembre 1928 à Vienne. Son père, Hugo Friedmann, propriétaire d’une manufacture de textiles, et sa mère Hilde, appartenaient à la bourgeoisie juive viennoise. Homme de grande culture, Hugo possédait une riche bibliothèque comprenant des livres et des incunables de toutes les langues et de toutes les époques. Ayant mis ses compétences au service de la communauté juive viennoise, il y anima de nombreuses manifestations culturelles et fut, pendant plusieurs années, le conservateur du Musée juif de Vienne.

En 1938, le régime nazi confisqua les biens de la famille Friedmann et l’obligea à s’installer dans un misérable logis. C’est là, alors que ses droits les plus élémentaires – comme celui d’aller à l’école publique – lui étaient l’un après l’autre déniés, que Hans Georg, vers l’âge de 10-12 ans, entreprit l’écriture d’un feuilleton de 13 aventures dont le héros, Tom Lasker, venait à bout des pires criminels et corrigeait toutes les injustices. En dépit des circonstances matérielles très difficiles de l’époque, Hans Georg apporta un soin admirable à la rédaction, l’illustration et la mise en pages de ces petits livres. Ce n’étaient que des livres d’enfant, naïfs et sans prétention, mais ils étaient le reflet d’une âme poétique et créative qui refusait de se laisser sombrer dans la mélancolie que les persécutions et les privations de l’époque auraient pu légitimement susciter. Ces aventures étaient des moments d’espoir et de rêverie, dans les pires circonstances. Et le rêve a aussi sa valeur.

Janusz Korczak, le grand pédagogue et écrivain juif polonais qui fut aussi au début du XXe siècle un pionnier de la cause des droits de l’enfant disait : « Les rêves sont utiles et importants. L’homme ne sait pas immédiatement à quoi se préparer pour la vie. (…) Parmi dix rêves différents, il se peut que l’un d’eux devienne un programme pour la vie. »

Pour Hans Georg, les rêves – qu’ils fussent d’aventures et de justice, à l’image de son héros Tom Lasker, ou peut-être d’une belle carrière littéraire qu’il eût pu espérer – furent de courte durée. En octobre 1942, il fut déporté avec ses parents et sa petite sœur Liselotte à Theresienstadt, la vitrine nazie des camps pour la Croix-Rouge, et de là, en octobre 1944, à Auschwitz où sa mère et sa sœur furent assassinées. Transférés d’Auschwitz à Dachau, Hans Georg et son père y furent astreints à des travaux forcés et y moururent peu de temps avant la libération, au printemps 1945. Hans Georg avait 16 ans.

Confiés, juste avant la déportation, à une ancienne femme de ménage des Friedmann, les manuscrits de Hans Georg furent remis après la guerre à sa tante qui avait échappé à la Shoah. Ils constituent aujourd’hui le témoignage d’un combat qui n’est jamais perdu, même au seuil de l’anéantissement : celui qui affirme, en surmontant le désespoir, le malheur et même la mort, que la créativité, la culture, la poésie et l’imaginaire sont là pour préserver notre dignité. Un enfant a écrit pour d’autres enfants et l’acte de créer s’est affirmé contre ceux qui leur déniaient le droit d’exister. Dans l’été 1942, deux semaines avant leur extermination à Treblinka, Korczak fit donner par les enfants de l’orphelinat du ghetto de Varsovie une représentation publique du Postier de Rabindranath Tagore.

Afin que ce témoignage demeure, l’Association suisse des amis du Dr Janusz Korczak et la Fondation Bodmer se sont unies dans l’édition d’un petit coffret qui rassemble sous forme de fac-similés 4 des 13 aventures de Tom Lasker, ainsi qu’un fascicule explicatif en français, allemand et anglais. Ce coffret sera adressé à l’ensemble des musées et lieux de mémoire de l’holocauste dans le monde, ainsi qu’à divers enseignants de la pédagogie dans des universités européennes. De plus, du 27 septembre au 4 novembre 2012, la Fondation Bodmer présentera au cœur de ses collections les manuscrits de Hans Georg Friedmann, ainsi qu’une exposition consacrée à Janusz Korczak.

Dr Daniel Halpérin
Pédiatre
Ancien privat-docent à la Faculté de Médecine de Genève
Président de l’Association suisse des Amis du Dr Janusz Korczak

Prof. Charles Méla
Directeur  de la Fondation Martin Bodmer
Président du Centre européen de la culture