Trésors du siècle d’or russe, de Pouchkine à Tolstoï

Trésors du siècle d’or russe, de Pouchkine à Tolstoï

du 16 mai au 13 septembre 2009

L’exposition, conçue par Georges Nivat, présente pour la première fois hors de Russie un choix d’œuvres mythiques conservées à la Maison Pouchkine de Saint-Pétersbourg. Pour la première fois aussi au monde, sont rassemblés en une même exposition les témoins des deux cultures russes : de fabuleux manuscrits enluminés créés en plein XIXe siècle dans les villages du Nord de la Russie, parmi les paysans du Pomorié, les pêcheurs, les chasseurs, de la côte de la Mer Blanche, du côté d’Arkhangelsk, qu’on appelle les Vieux-Croyants, y côtoient un ensemble exceptionnel de manuscrits et de dessins des grands écrivains russes, de Pouchkine à Tolstoï.

Au départ de la Russie des temps modernes, il y eut le schisme, ou raskol. En 1695, un groupe de schismatiques de l’Eglise orthodoxe russe, appelés des raskolniki, décida de se retirer dans la région du lac Vyg, près de la mer Blanche et de la frontière norvégienne. L’ermitage fondé par les frères Denissov allait devenir sous le règne de Pierre le Grand (1682-1725) le grand centre de la culture traditionnelle russe, celle des coutumes ancestrales qui avaient assimilé les mœurs païennes, des romances épiques ou bylines, porteuses des vérités de l’ancien temps et des pratiques religieuses d’avant la réforme de Nicon. Celui-ci, élu en 1652 chef de l’Eglise russe, entreprit, avec l’appui du tsar, de la moderniser d’après les rites et les usages de l’Eglise grecque. Contre lui se dressa, un prêtre de campagne, Avvakum. Les tenants de la Vieille-Foi, imprégnés des visions de l’Apocalypse, étaient en totale opposition avec la culture officielle, germanisée de Saint-Pétersbourg, la ville européenne et maritime créée de toutes pièces au printemps 1703 par Pierre le Grand pour asseoir la puissance de la Russie. Pierre le Grand imposait une occidentalisation des mœurs et l’introduction de modes de vie d’autant plus exécrés qu’ils étaient « latins ».

Trésors du siècle d'or russe

Une longue dramaturgie s’installait désormais sur la scène morale et intellectuelle de la Russie, nourrie par le rapprochement impossible entre les deux moitiés hostiles de l’âme russe, la Russie d’avant, celle de la culture populaire cachée, des enluminures des monastères et des Vieux-Croyants, et la Russie du grand miracle du XIXe siècle, le miracle littéraire d’une culture nobiliaire que découvrirent l’Europe et le monde dans la deuxième moitié du XIXe siècle et qui s’incarne pour tous les Russes dans le génie d’Alexandre Pouchkine, « le soleil de notre poésie » (1799-1837), véritable créateur de la langue littéraire russe, épris à la fois de romantisme et de beauté classique, fondateur de tous les genres, lyrisme, théâtre, roman, nouvelle, ouvrant la voie au fantastique comme au réalisme psychologique, incarnant la culture européenne d’alors avec toute la force du caractère national russe. L’Âge d’or de cette littérature allait durer tout au long du XIXe siècle, de Pouchkine à Tolstoï, les deux pôles entre lesquels oscille l’âme russe, Pouchkine et son acceptation joyeuse de la vie, Tolstoï et sa fuite hors du monde. Avec eux, le roman russe devient le roman européen,

 

 

du 16 mai au 13 septembre 2009

L’exposition, conçue par Georges Nivat, présente pour la première fois hors de Russie un choix d’œuvres mythiques conservées à la Maison Pouchkine de Saint-Pétersbourg. Pour la première fois aussi au monde, sont rassemblés en une même exposition les témoins des deux cultures russes : de fabuleux manuscrits enluminés créés en plein XIXe siècle dans les villages du Nord de la Russie, parmi les paysans du Pomorié, les pêcheurs, les chasseurs, de la côte de la Mer Blanche, du côté d’Arkhangelsk, qu’on appelle les Vieux-Croyants, y côtoient un ensemble exceptionnel de manuscrits et de dessins des grands écrivains russes, de Pouchkine à Tolstoï.

Au départ de la Russie des temps modernes, il y eut le schisme, ou raskol. En 1695, un groupe de schismatiques de l’Eglise orthodoxe russe, appelés des raskolniki, décida de se retirer dans la région du lac Vyg, près de la mer Blanche et de la frontière norvégienne. L’ermitage fondé par les frères Denissov allait devenir sous le règne de Pierre le Grand (1682-1725) le grand centre de la culture traditionnelle russe, celle des coutumes ancestrales qui avaient assimilé les mœurs païennes, des romances épiques ou bylines, porteuses des vérités de l’ancien temps et des pratiques religieuses d’avant la réforme de Nicon. Celui-ci, élu en 1652 chef de l’Eglise russe, entreprit, avec l’appui du tsar, de la moderniser d’après les rites et les usages de l’Eglise grecque. Contre lui se dressa, un prêtre de campagne, Avvakum. Les tenants de la Vieille-Foi, imprégnés des visions de l’Apocalypse, étaient en totale opposition avec la culture officielle, germanisée de Saint-Pétersbourg, la ville européenne et maritime créée de toutes pièces au printemps 1703 par Pierre le Grand pour asseoir la puissance de la Russie. Pierre le Grand imposait une occidentalisation des mœurs et l’introduction de modes de vie d’autant plus exécrés qu’ils étaient « latins ».

Trésors du siècle d'or russe

Une longue dramaturgie s’installait désormais sur la scène morale et intellectuelle de la Russie, nourrie par le rapprochement impossible entre les deux moitiés hostiles de l’âme russe, la Russie d’avant, celle de la culture populaire cachée, des enluminures des monastères et des Vieux-Croyants, et la Russie du grand miracle du XIXe siècle, le miracle littéraire d’une culture nobiliaire que découvrirent l’Europe et le monde dans la deuxième moitié du XIXe siècle et qui s’incarne pour tous les Russes dans le génie d’Alexandre Pouchkine, « le soleil de notre poésie » (1799-1837), véritable créateur de la langue littéraire russe, épris à la fois de romantisme et de beauté classique, fondateur de tous les genres, lyrisme, théâtre, roman, nouvelle, ouvrant la voie au fantastique comme au réalisme psychologique, incarnant la culture européenne d’alors avec toute la force du caractère national russe. L’Âge d’or de cette littérature allait durer tout au long du XIXe siècle, de Pouchkine à Tolstoï, les deux pôles entre lesquels oscille l’âme russe, Pouchkine et son acceptation joyeuse de la vie, Tolstoï et sa fuite hors du monde. Avec eux, le roman russe devient le roman européen,