Eros invaincu, La bibliothèque Gérard Nordmann

Eros invaincu, La bibliothèque Gérard Nordmann

du 28 novembre 2004 au 27 mars 2005

La bibliothèque Gérard Nordmann (1930-1992), que les spécialistes s’attachent à déclarer référentielle dans son domaine d’élection, l’érotisme, compte près de deux mille livres, manuscrits, lettres, documents et curiosa. De ce cabinet aussi riche qu’étonnant, aussi complexe que secret, constitué de pièces rares et rarissimes, Eros invaincu propose pour la première fois quelque cent trente-cinq ouvrages, précisément décrits, commentés et illustrés avec soin : des anonymes, mais aussi des noms mêlés d’écrivains et d’artistes souvent célèbres, qui vont d’Apollinaire à Voltaire et de Bellmer à Rowlandson, en passant par Aragon, Arétin, Bataille,  Nicolas Chorier, John Cleland, Dali, Dubuffet, Eluard, Fautrier, Flaubert, Anatole France, Théophile Gautier, Kleist, Klossowski, La Fontaine, La Popelinière, Léautaud, Louis XV, Pierre Louÿs, Mandiargues, André Masson, Maupassant, Picabia, Queneau, Pauline de Réage, Rimbaud, Sade, Antonio Saura, Verlaine.

Parmi les phares de la bibliothèque Gérard Nordmann, on en désigne deux. Tout d’abord les Sonneti lussuriosi de Pietro Aretino. L’œuvre est légendaire et le minuscule volume aux xylographies explicites, exceptionnel. C’est aussi la pièce la plus ancienne de la collection, qui peut s’enorgueillir de posséder le seul exemplaire connu, remontant au XVIe siècle, des Modi, les fameuses «Postures» de l’Arétin. D’autant plus convoité qu’il était interdit, imité sans relâche, ce livre passionne les amateurs depuis bientôt cinq siècles. C’est la première œuvre érotique des temps modernes et, par son audace, par l’association de deux maîtres de la Renaissance italienne – le peintre Jules Romain (1492-1546) et l’écrivain à scandales Pietro Aretino (1492-1556) – l’une des plus influentes.

Eros invaincu

Eros invaincu

On connaît l’histoire des 120 Journées de Sodome, ou l’Ecole du libertinage, composées par Donatien de Sade (1740-1814) à la Bastille. L’auteur le dissimula aux yeux de ses gardiens sous la forme d’un rouleau de 12,10 m de long et de 11,5 cm de large, fait de feuilles de papier collées bout à bout, couvert recto et verso (en partie) d’une écriture excessivement minuscule et serrée. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1789, parce qu’on craignait la présence de «cet être que rien ne pouvait réduire» et qui venait, s’aidant d’un porte-voix improvisé, d’ameuter la foule massée au pied des murailles, Sade fut enlevé, «nu comme un ver», selon ses dires. Force lui fut alors d’abandonner dans sa prison toutes ses affaires personnelles et ce manuscrit, avec d’autres. La forteresse prise, pillée et démolie, le rouleau fut ramassé dans les ruines et se retrouva à la fin du XIXe siècle en Allemagne, aux mains d’un amateur qui le confia à Iwan Bloch (Eugen Dühren), lequel en procura la première édition. Ce fut la renaissance et la naissance de ce diamant noir de la Geistesgeschichte moderne.

 

 

du 28 novembre 2004 au 27 mars 2005

La bibliothèque Gérard Nordmann (1930-1992), que les spécialistes s’attachent à déclarer référentielle dans son domaine d’élection, l’érotisme, compte près de deux mille livres, manuscrits, lettres, documents et curiosa. De ce cabinet aussi riche qu’étonnant, aussi complexe que secret, constitué de pièces rares et rarissimes, Eros invaincu propose pour la première fois quelque cent trente-cinq ouvrages, précisément décrits, commentés et illustrés avec soin : des anonymes, mais aussi des noms mêlés d’écrivains et d’artistes souvent célèbres, qui vont d’Apollinaire à Voltaire et de Bellmer à Rowlandson, en passant par Aragon, Arétin, Bataille,  Nicolas Chorier, John Cleland, Dali, Dubuffet, Eluard, Fautrier, Flaubert, Anatole France, Théophile Gautier, Kleist, Klossowski, La Fontaine, La Popelinière, Léautaud, Louis XV, Pierre Louÿs, Mandiargues, André Masson, Maupassant, Picabia, Queneau, Pauline de Réage, Rimbaud, Sade, Antonio Saura, Verlaine.

Parmi les phares de la bibliothèque Gérard Nordmann, on en désigne deux. Tout d’abord les Sonneti lussuriosi de Pietro Aretino. L’œuvre est légendaire et le minuscule volume aux xylographies explicites, exceptionnel. C’est aussi la pièce la plus ancienne de la collection, qui peut s’enorgueillir de posséder le seul exemplaire connu, remontant au XVIe siècle, des Modi, les fameuses «Postures» de l’Arétin. D’autant plus convoité qu’il était interdit, imité sans relâche, ce livre passionne les amateurs depuis bientôt cinq siècles. C’est la première œuvre érotique des temps modernes et, par son audace, par l’association de deux maîtres de la Renaissance italienne – le peintre Jules Romain (1492-1546) et l’écrivain à scandales Pietro Aretino (1492-1556) – l’une des plus influentes.

Eros invaincu

Eros invaincu

On connaît l’histoire des 120 Journées de Sodome, ou l’Ecole du libertinage, composées par Donatien de Sade (1740-1814) à la Bastille. L’auteur le dissimula aux yeux de ses gardiens sous la forme d’un rouleau de 12,10 m de long et de 11,5 cm de large, fait de feuilles de papier collées bout à bout, couvert recto et verso (en partie) d’une écriture excessivement minuscule et serrée. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1789, parce qu’on craignait la présence de «cet être que rien ne pouvait réduire» et qui venait, s’aidant d’un porte-voix improvisé, d’ameuter la foule massée au pied des murailles, Sade fut enlevé, «nu comme un ver», selon ses dires. Force lui fut alors d’abandonner dans sa prison toutes ses affaires personnelles et ce manuscrit, avec d’autres. La forteresse prise, pillée et démolie, le rouleau fut ramassé dans les ruines et se retrouva à la fin du XIXe siècle en Allemagne, aux mains d’un amateur qui le confia à Iwan Bloch (Eugen Dühren), lequel en procura la première édition. Ce fut la renaissance et la naissance de ce diamant noir de la Geistesgeschichte moderne.