En toutes lettres… Cent ans de littérature à la NRF

En toutes lettres… Cent ans de littérature à la NRF

du 12 février au 12 avril 2009

L’événement : 1909-2009

Le 1er février 1909, six écrivains unis de longue date, la bande des six, pour le dire irrespectueusement, ou le club, on disait alors « le circuit », publient une nouvelle revue dont l’idée avait germé l’année précédente dans la maison de Gide à Cuverville, en Normandie. Cent ans plus tard, La Nouvelle Revue Française est toujours vivante. En célébrer ainsi le centenaire montre combien ce coup d’éclat reste un événement. L’aventure, commencée sous forme de revue, développée en maison d’édition, au tout début de l’entreprise sous le nom de « comptoir », puis, en 1911, d’Editions de La NRF, pour aboutir en 1919 à la création de la société « Librairie Gallimard », s’est identifiée à tel point aux Lettres françaises que François Nourissier a pu définir le XXe siècle français comme le « siècle NRF », de même qu’on baptisa le XIXe de « siècle Hugo »…« Hugo, hélas ! », soupira Gide, ce qui est aussi bien révélateur de l’ambition nouvelle.

Ce qui redouble l’événement du centenaire a été la décision d’en organiser la commémoration à la Fondation Martin Bodmer, sous la direction d’Alban Cerisier, commissaire de l’exposition. Ce n’était donc pas à Paris, mais à Cologny. Mais un même esprit ne réunit-il pas la Bibliotheca bodmeriana, dédiée à la Weltliteratur, selon le concept de Goethe, et La Bibliothèque de la Pléiade, elle-même conçue comme une bibliothèque de littérature universelle ?

En toutes lettres

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Une autre raison le justifiait encore : des liens d’amitié avaient attaché l’un des auteurs les plus exigeants de La NRF, Paul Valéry, à Martin Bodmer. Celui-ci avait lancé en 1930 une revue littéraire, Corona, destinée à publier les grands auteurs vivants, de langue allemande principalement. Il reçut souvent Paul Valéry dans sa propriété de Zurich, au Freudenberg. D’inestimables manuscrits, comme celui de la Soirée avec Monsieur Teste, ou celui, encore inédit, sur la mémoire, furent ainsi donnés et dédicacés à Martin Bodmer. Mais d’autres auteurs appartiennent encore à la collection, Claudel, avec le manuscrit intégral du Soulier de satin, Gide, représenté par une liasse importante de notes préparatoires pour Les Caves du Vatican, Saint-Exupéry et son manuscrit de Courrier Sud, agrémenté de dessins originaux, Marcel Jouhandeau et les deux volumes autographe de son Essai sur moi-même. On pouvait adjoindre encore Valéry Larbaud, mais on a conclu avec Charles-Albert Cingria, De la louve au chien polaire, pour marquer le lien entre la NRF et la Suisse, qui commença avec la venue à Genève de Jacques Rivière en 1918 pour de célèbres conférences à l’Athénée. N’oublions pas non plus l’exceptionnel document, acquis en 2000, que constituent les premières épreuves corrigées d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

 

du 12 février au 12 avril 2009

L’événement : 1909-2009

Le 1er février 1909, six écrivains unis de longue date, la bande des six, pour le dire irrespectueusement, ou le club, on disait alors « le circuit », publient une nouvelle revue dont l’idée avait germé l’année précédente dans la maison de Gide à Cuverville, en Normandie. Cent ans plus tard, La Nouvelle Revue Française est toujours vivante. En célébrer ainsi le centenaire montre combien ce coup d’éclat reste un événement. L’aventure, commencée sous forme de revue, développée en maison d’édition, au tout début de l’entreprise sous le nom de « comptoir », puis, en 1911, d’Editions de La NRF, pour aboutir en 1919 à la création de la société « Librairie Gallimard », s’est identifiée à tel point aux Lettres françaises que François Nourissier a pu définir le XXe siècle français comme le « siècle NRF », de même qu’on baptisa le XIXe de « siècle Hugo »…« Hugo, hélas ! », soupira Gide, ce qui est aussi bien révélateur de l’ambition nouvelle.

Ce qui redouble l’événement du centenaire a été la décision d’en organiser la commémoration à la Fondation Martin Bodmer, sous la direction d’Alban Cerisier, commissaire de l’exposition. Ce n’était donc pas à Paris, mais à Cologny. Mais un même esprit ne réunit-il pas la Bibliotheca bodmeriana, dédiée à la Weltliteratur, selon le concept de Goethe, et La Bibliothèque de la Pléiade, elle-même conçue comme une bibliothèque de littérature universelle ?

En toutes lettres

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Une autre raison le justifiait encore : des liens d’amitié avaient attaché l’un des auteurs les plus exigeants de La NRF, Paul Valéry, à Martin Bodmer. Celui-ci avait lancé en 1930 une revue littéraire, Corona, destinée à publier les grands auteurs vivants, de langue allemande principalement. Il reçut souvent Paul Valéry dans sa propriété de Zurich, au Freudenberg. D’inestimables manuscrits, comme celui de la Soirée avec Monsieur Teste, ou celui, encore inédit, sur la mémoire, furent ainsi donnés et dédicacés à Martin Bodmer. Mais d’autres auteurs appartiennent encore à la collection, Claudel, avec le manuscrit intégral du Soulier de satin, Gide, représenté par une liasse importante de notes préparatoires pour Les Caves du Vatican, Saint-Exupéry et son manuscrit de Courrier Sud, agrémenté de dessins originaux, Marcel Jouhandeau et les deux volumes autographe de son Essai sur moi-même. On pouvait adjoindre encore Valéry Larbaud, mais on a conclu avec Charles-Albert Cingria, De la louve au chien polaire, pour marquer le lien entre la NRF et la Suisse, qui commença avec la venue à Genève de Jacques Rivière en 1918 pour de célèbres conférences à l’Athénée. N’oublions pas non plus l’exceptionnel document, acquis en 2000, que constituent les premières épreuves corrigées d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust.