Orient-Occident. Racines spirituelles de l’Europe

2009Orient-Occident. Racines spirituelles de l’Europe

du 21 novembre 2009 au 4 avril 2010

L’exposition cherche à répondre à la question de savoir ce qui constitue notre commun patrimoine au fil des siècles. Retrouver nos racines nous expose à la réalité d’une histoire composite où se sont interpénétrées depuis la Grèce et Rome jusqu’à l’humanisme, la Renaissance et la Réforme des traditions antiques, judaïques, chrétiennes et musulmanes. Alexandre avait uni un temps l’Orient et l’Occident, de la Macédoine jusqu’à l’Indus, en passant par l’Egypte et l’Iran. Rome contribua ensuite à helléniser le monde sur lequel s’étendit son empire autour du bassin méditerranéen. On ne dissocie pas plus Athènes, Rome et Jérusalem qu’on n’efface le rôle civilisateur de ces foyers que furent tour à tour Alexandrie, Byzance, Bagdad, Tolède, Padoue, Oxford, Paris, Bologne, Florence et Cordoue, sans parler de tant d’autres lieux aujourd’hui oubliés, tels Nisibe, Harran ou Mistra.

Si exclusifs les uns des autres que s’affichent la Torah, la Bible et le Coran, ces textes fondateurs ont été lus, commentés, diffusés, réfutés sur le plan de la rationalité grâce à l’héritage commun qui venait des Grecs et de la philosophie. Aristote avait doté les esprits des outils conceptuels qui permettaient de penser. Averroès, Maïmonide, Thomas d’Aquin se référaient à lui avec la certitude que la Raison qui argumentait le débat était commune à tout homme. Quant aux certitudes de la Foi, où la Vérité, parce qu’elle se déclare révélée, se fait intransigeance, elles n’en ont pas moins été nourries de part et d’autre et fécondées par les traditions religieuses issues du Platonisme, de l’invention grecque de l’immortalité de l’âme dans le Phédon et de leur pensée de l’unité du divin. Dans l’ordre de la spiritualité aussi bien que de la rationalité, ce terreau commun à l’Orient comme à l’Occident a permis l’éclosion des plus belles œuvres de l’esprit humain. Dans son célèbre Divan, Goethe déclarait : «L’Orient et l’Occident ne peuvent être séparés».

 

Orient Occident_2009. Racines spirituelles de l'Europe

Orient Occident_2009. Racines spirituelles de l'Europe

Mais rien n’est plus probant que de découvrir en un même lieu les témoins écrits de ces mouvements de transmission, de traduction, d’appropriation, de reformulation, d’échanges et de débats qui jalonnent notre histoire commune et forgent, dans sa complexité et sa diversité, l’unité de notre culture. Ainsi se trouvent réunis le plus ancien Evangile conservé en entier (IIe s.), le Livre des morts des Anciens Egyptiens, les Thèses de Martin Luther, le Phédon de Platon dans un manuscrit latin préparant et annonçant la Renaissance, l’Apocalypse illustrée d’Albrecht Dürer, le Commentaire sur le De anima d’Aristote par Averroès, et une Torah andalouse.

L’exposition puise largement dans le fonds de la Bibliothèque de Martin Bodmer, mais accueille aussi des merveilles venues de la Bibliothèque de Saint-Gall et de la Bibliothèque juive « Gérard Nordmann ». Il s’y ajoute des objets archéologiques inestimables, d’art romain, byzantin, islamique, issus d’une collection privée. Des photographies originales noir et blanc en grand format dues à Frédéric Möri, commissaire de l’exposition et historien des religions, mettent en scène des lieux significatifs qui donnent corps à la géographie spirituelle complexe dessinée par les œuvres.