Illuminations d’Arménie

2007Illuminations d’Arménie

du 15 septembre au 30 décembre 2007

Objets même de l’écriture, manuscrits et livres n’ont jamais cessé de fasciner les Arméniens. Dans la tradition arménienne, le manuscrit est un trésor à l’image du monde. En dépit d’une histoire tourmentée, où les périodes de domination ont été beaucoup plus nombreuses que les périodes d’indépendance, les Arméniens ont su développer un art raffiné de la codicologie et de l’enluminure, à l’intérieur des différents scriptoria de la Grande Arménie, de Cilicie (du XIIe au XIVe siècle), d’Iran, ainsi que dans les colonies occidentales et orientales. Les manuscrits sont aussi le signe tangible de la continuité du peuple arménien à travers les siècles. Ils proviennent notamment du monastère de Gladzor, la « seconde Athènes », des régions d’Artsakh et de Nakhitchevan, des centres du Vaspourakan dans la région de Van, des villes de Cilicie (Sis, Skevra et Hromkla), d’Iran (Sultanieh) et des colonies arméniennes de Crimée et d’Italie. L’histoire des manuscrits arméniens est aussi celle d’une aventure qui a donné aux textes toujours plus de valeur à chaque fois qu’un humble copiste leur dédiait sa force et son temps.

En plus des Bibles, des Evangiles, des hymnaires, des lectionnaires et des recueils d’œuvres des Pères de l’Eglise, toute une section de l’exposition est consacrée aux manuscrits d’œuvres profanes : philosophie, médecine, musique, astrologie.

Cette exposition de manuscrits arméniens, la première organisée en Suisse, a réuni, sous la direction scientifique et éditoriale du professeur Valentina Calzolari, un choix important provenant de la « Bibliothèque » par excellence, le Matenadaran (le « dépôt de livres ») d’Erevan, qui compte à ce jour au moins 14 000 manuscrits, presque la moitié de la totalité du fonds arménien, de la collection arménienne de la Bibliothèque nationale de France et du monastère des pères mekhitaristes de l’île de San Lazzaro à Venise. Pour la première fois, encore, sont présentés l’ensemble des manuscrits arméniens, inédits pour la plupart, des collections publiques genevoises (Bibliothèque de Genève, Bibliothèque de la Fondation « Saint-Grégoire l’Illuminateur » de Troinex).

Illuminations d'Arménie

Illuminations d'Arménie

Temple de l’écriture, le livre n’est pas sans rappeler les monuments de pierre qui ont conservé la parole de Dieu et qui furent sa maison. Si l’écriture arménienne a sa forme propre, les églises ont aussi une architecture unique qui fut, dès le début, l’une des plus avancées. Une partie de l’exposition et du catalogue est ainsi consacrée aux anciennes églises d’Arménie (VIIe siècle), vues et présentées à travers une série originale de photographies d’art prises sur place par un historien de l’art et de l’architecture sacrés, Régis Labourdette, révélant la vision architecturale de la Croix mystique dans les églises arméniennes du VIIe siècle qui font converger vers un carré central surmonté d’une coupole les quatre bras d’une croix, réalisant ainsi la quadrature du cercle et résolvant la tension entre l’humain de l’Incarnation et le divin de l’Ascension.