Soljenitsyne, le courage d’écrire

2011Soljenitsyne, le courage d’écrire

du 14 mai au 16 octobre 2011

« La main clandestine, la main de gloire : Soljénitsyne »

De la clandestinité il a gardé toute sa longue vie d’écrivain une écriture minuscule, serrée mais claire, conspirative mais généreuse : depuis les cahiers de l’écolier Soljénitsyne jusqu’aux manuscrits des derniers tomes de l’immense cathédrale d’écriture qu’est son roman historique La Roue rouge, nous montrons la permanence stupéfiante de l’écrivant obstiné, halluciné que fut l’imprécateur, le prophète, l’historien en quête du Graal de sa nation. Le visiteur découvre les premiers textes d’avant la guerre comme Aime la Révolution, le chapelet avec lequel il mémorisait son long poème Le chemin, et ses pièces blasphématoires et jubilatoires composées mentalement au goulag, ses photos de famille, d’adolescence, les amis de Rostov sur le Don, le petit groupe qui plus tard le trahit, ses propres photos d’Ouch-Terek, lorsqu’il est en relégation, les innombrables carnets où sagement il aligne les expressions entendues, proverbes, inventions verbales du peuple. Nous n’avons pas le manuscrit d’Ivan Denissovitch, qu’il a brûlé, nous avons celui de L’Archipel du Goulag, des poèmes en prose, ceux d’avant l’exploit gigantesque des deux « cathédrales d’écriture » – le Goulag, la Roue-, et ceux d’après, ses lettres, dont il prenait copie, comme Tolstoï.

Soljenitsyne, le courage d’écrire

Soljenitsyne, le courage d’écrire

A quoi s’ajoutent les premières éditions, Ivan Denissovitch, qui secoua le monde, sous la couverture bleu sage de la revue Novy Mir, ou dans le vêtement rêche à trois kopecks de la brochure tirée à un million, les récits « soviétiques », le tout dernier article autorisé avant la rupture avec le régime, et puis les romans interdits, éditions en tamizdat pirates ou sanctionnées par l’auteur, toujours maudites par le pouvoir soviétique, le premier tome parisien de l’Archipel avec sa typographie étrange due à la mésinterprétation des sigles du manuscrit (passé sous forme de microfilm), cette bombe qui déclencha le combat singulier d’un écrivain avec tout un empire totalitaire aux abois… Nous avons le tamizdat et le samizdat, et toutes les photos de l’écrivain devant le bureau néo-gothique qu’il aimait tant,, cadeau reçu en Russie, miraculeusement transporté en Amérique et rentré en Russie, les photos qui, comme les autoportraits de Rembrandt, jalonnent une immense vie, transformant le délicieux adolescent en une figure de starets que seul le sourire peut illuminer.

Ce sont plus de 2 mille pages autographes avec les documents de toute une vie qui pour la première fois se trouvent exposées, grâce à la veuve de l’écrivain, Natalia Dimitrievna, présente au vernissage, et au travail de Georges Nivat, professeur honoraire de l’Université de Genève, qui depuis les années 1970 s’est employé à faire connaître l’écrivain et son œuvre.

Le XXe siècle a eu un écrivain de la taille d’un Goethe ou d’un Hugo et qui a changé le cours de l’histoire en décidant d’écrire la vérité et de porter la voix de millions de victimes des camps. Ce siècle a été le siècle de Soljénitsyne.